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La projection du film sera suivie d'un débat
en présence de la réalisatrice avec les psychanalystes Lya TOURN et Florence REZNIK





RESERVATION ET INFORMATION


La projection du film aura lieu le dimanche 15 janvier 2006 à 11 heures,
au cinéma Les 3 Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince, Paris, 75006.

La projection sera suivie d'un débat avec des psychanalystes en présence de la réalisatrice.


Inscriptions et réservations :

Florence Reznik
Email : ecart-psy@voila.fr
Tél : 01-43-96-62-00



SYNOPSIS DE MISAFA LESAFA, D'UNE LANGUE A L'AUTRE


" Un homme qui perd sa langue maternelle est infirme pour la vie " dit l'écrivain Aharon Appelfeld.
C'est une phrase qui peut trouver écho chez chaque immigrant de même que chaque enfant d'immigrants peut
se reconnaître dans le malaise et la honte exprimés par le chanteur Haïm Uliel lorsqu'il évoque l'accent
étranger de ses parents marocains.

A partir de leur propre histoire neuf personnes- poètes, écrivains, chanteurs- évoquent leur vécu particulier
du passage d'une langue à l'autre. Le film décrit ce lien intime, spécifique, souvent ambivalent et conflictuel,
tissé entre une langue apprise, l'hébreu, et la langue de l'enfance, celle qui est " comme du lait maternel ".

Le poète Meir Wieseltier décrit le choix qu'il a fait à huit ans : " Du moment où j'ai voulu pénétrer l'hébreu
et écrire, j'ai dû assassiner la langue russe, l'éliminer ".
Mais la " zone entre les langues, ce lieu de malaise " comme dit la poétesse d'origine hongroise Agi Mishol,
n'est pas que rejet, perte et refoulement, elle peut se révéler comme le lieu même de l'émergence de la poésie :
cet entre-deux que Haviva Pedaya, d'origine irakienne, désigne comme cette " zone abandonnée ", ce " point aveugle "
qui relie son hébraïté et son arabité.

L'hébreu qui, pendant des siècles, fut une langue sacrée, langue d'écriture et de prière,
est désormais une langue du quotidien en Israël. Mais si cet hébreu a pu s'imposer en quelques
décennies en tant que langue officielle, c'est au prix d'un processus complexe et sinueux qui
n'a pas été sans violence envers les autres langues, notamment celles de la Diaspora.

" Du moment où j'ai voulu pénétrer l'hébreu et écrire, j'ai dû assassiner la langue russe, l'éliminer "
(Meir Wieseltier).


A partir de leur propre histoire, neuf personnes ayant toutes en commun de travailler sur la langue
(poète, écrivain, chanteur, philosophe…), évoquent leur vécu particulier de ce passage " d'une
langue à l'autre ". Le film décrit ce lien spécifique, souvent ambivalent et conflictuel, qu'ils
ont tissé entre l'hébreu (langue à la fois adoptée, aimée, et rejetée) et la langue de leur enfance
(oubliée, refoulée, mais néanmoins persistante).

Qu'il soit question de coupure, de perte, de " refoulement ", ou encore d'un état d'" entre
deux langues " (" Je ne suis ni dans l'une ni dans l'autre ", Daniel Epstein), marqué par un
attachement affectif rémanent à la langue originelle, tous racontent cette difficile prise de
possession d'une langue, l'hébreu, pour s'approprier un lieu, pour s'intégrer, voire pour
parvenir à créer.

" La langue maternelle, tu ne la parles pas, elle coule d'elle-même. Avec une langue acquise,
tu dois sans cesse être sur tes gardes. Parfois, je me réveille avec l'angoisse que l'hébreu
appris avec tant de peine s'évanouisse, disparaisse " (Aharon Appelfeld).


Primé à Tel-Aviv en 2004 mais encore inédit en France, ce film aux multiples niveaux de
lecture est porteur d'un message à la fois israélien et universel, relatif aux enjeux du
rapport à la langue, partie la plus intime de toute identité mais aussi jonction entre le
dedans et le dehors, l'intime et l'extérieur.

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BIOGRAPHIE-FILMOGRAPHIE DE NURITH AVIV

Née en Israël en 1945, Nurith Aviv a été d'abord photographe de presse, avant de venir étudier en France,
à l'IDHEC. En 1975, elle est la première femme à avoir été officiellement reconnue directrice de la photographie.
Elle a fait l'image d'une centaine de films de fiction et de documentaires, en France et en Israël, dont ceux
des réalisateurs suivants :
- Agnès Varda (Daguérreotypes ; 7 pièces, cuisine, salle de bain à saisir ; Jane B)
- Jacques Doillon (Pour un oui, pour un non)
- Amos Gitaï (Journal de campagne ; Ananas ; Esther ; Berlin Jérusalem...)
- William Klein (The french)
- René Allio (Moi, Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère)
- Bertrand Van Effenterre (Erica Minor ; Mais où est donc Ornicar)
- René Ferret (Histoire de Paul)

Depuis 1989, Nurith Aviv a également réalisé huit documentaires remarqués dans divers festivals.
Les thématiques de la transmission et de la perte habitent son œuvre, et en particulier ses films Circoncision,
Vater Land, et Misafa Lesafa, d'une langue à l'autre.
- Kafr Qara, Israël (1989, 66 mn)
- La Tribu européenne (1992, 75 mn)
- Makom, Avoda (1997, 81 mn)
- Circoncision (2000, 52 mn)
- Allenby, passage (2001, 5 mn)
- Perte (2002, 30 mn)
- L'alphabet de Bruly Bouabré (2004, 17 mn)
- Misafa Lesafa, d'une langue à l'autre (2004, 55 mn)




MISAFA LESAFA, D'une langue a l'autre : FESTIVALS ET PROJECTIONS

  • DocAviv documentary film festival ,Tel-Aviv (Premier prix, mars 2004)
  • Visions du Réel, Nyon (mars 2004)
  • Internationales Dokumentarfilmfestiva, Munich (mai 2004)
  • Rencontres internationales de cinéma, Paris (juillet 2004)
  • FID : Festival International du Documentaire, Marseille (juillet 2004)
  • Festival Audiovisuel Régional un hommage, l'Acharnière ( mai 2004)
  • Musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris (juin 2004)
  • Espace analytique Colloque autour du film, Paris (juin 2004)
  • Colloque sur la Perte, Cerisy (août 2004)
  • Carte blanche aux Cahiers du Cinéma, Paris (décembre 2004)
  • The Jewish Film Festival, New York (2005)
  • Psychanalyse Actuelle, Paris (mai 2005)
  • Musée d'Art Moderne et Contemporain, Strasbourg (mai 2005 )
  • Festival " Israël - Palestine : Que peut le Cinéma ? ", Paris (juin 2005)
  • Martin-Gropius- Bau dans le cadre de l'exposition " Les nouveaux Hébreux ", Berlin (mai/septembre 2005)


Le texte intégral du film est publié dans " Expériences de la perte " livre paru au PUF en 2005, sous la direction de Michel Juffé.

Pour plus d'informations : http://nurithaviv.free.fr

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EXTRAITS DE PRESSE

Le film de Nurith Aviv présente une mosaïque de neuf personnages, gens de lettres et d'art,
qui parlent du fossé entre leur langue maternelle et l'hébreu.
Pour expliquer son choix, le jury du Festival Docaviv 2004 a défini le film comme " une oeuvre complète,
clairement et précisément structurée, aux qualités cinématographiques remarquables. De la langue des
images à celle des mots, passe un message à la fois universel et israélien. La force du film réside
entre autre dans le choix méticuleux des personnes et des lieux, dans sa sensibilité culturelle et
sa discipline esthétique. "

Haaretzdaily, avril 2004

Des écrivains reviennent sur leur apprentissage tardif de l'hébreu. Une lumineuse réflexion sur
le rapport intime à la langue. La perte, la coupure, l'arrachement. Dans les films de Nurith Aviv,
il est beaucoup question de la difficulté à surmonter l'épreuve d'un acte fondateur - la dépossession
d'un histoire, d'un corps,- pour reconstruire un lien avec soi, avec le monde. La cinéaste poursuit
ici cette voie en explorant la partie la plus intime de toute identité : le rapport à la langue.
Comment se séparer de sa langue maternelle lorsque le destin pousse à l'abandonner sur le tard ? [...].
Comme l'indique le rabbin Daniel Epstein, il est possible de " courir d'une langue à l'autre, comme
un battement de coeur, ballotant et ballotté ". Cette lumineuse errance résonne comme un acte de foi
en la parole, qui, quelle qu'en soit la couleur ou la douleur de ses variations, dessine le plus vaste
et le plus beau des territoires à habiter pour une conscience en mouvement.

Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles, juin 2004

Nurith Aviv a choisi une forme rigoureuse. Son film est construit sur l'alternance de longs monologues
en plan fixe, où chacun livre son rapport à la langue, et de plans en mouvement, travellings et panoramiques,
où les paysages, matériau abstrait, représentent le pays. Dans ces allers-retours se tressent les liens
singuliers et complexes qui unissent l'intime et le pays. On aurait aimé qu'Arte diffuse ce film passionnant
à une heure de grande écoute.

Michelle Muller, Télérama, juin 2005

La lucidité et la tolérance du regard de Nurith Aviv

Inédit en France et primé à Tel-Aviv cette année, Misafa Lesafa, d'une langue à l'autre, interroge neuf personnes
(poètes, chanteurs, écrivains) sur leur relation entre la langue de leur enfance (dont la musique résonne encore)
et l'hébreu (hier langue sacrée, langue de prière, désormais parlée au quotidien en Israël).

Le jury qui l'a couronné parle d'un "message à la fois israélien et universel".

Jean-Luc Douin, Le Monde, juin 2004


Misafa Lesafa, d'une langue à l'autre, de la réalisatrice Nurith Aviv (2004), primé à Tel Aviv

Que reste-il d'une langue maternelle quand on l'a oubliée ? Quel lien garde-t-on avec elle quand on doit
la rejeter et en adopter une autre, à savoir l'hébreu, pour vivre en Israël ? Dernier volet d'une trilogie
comprenant La Circoncision et La Perte, le documentaire Misafa Lesafa, d'une langue à l'autre écoute la parole
d'écrivains, de poètes et de chanteurs. Un film poignant, dont le propos dense et fort, s'appuie sur un travail
formel et sobre.

Martine Delahaye - Le Monde Télévision, août 2004

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ENTRETIEN AVEC FREDDY RAPHAEL

"Misafa Lesafa - D'une langue à l'autre": Dix hommes et femmes vivant en Israël -
poètes, chanteurs, écrivains - parlent des relations tendues entre l'hébreu et la langue de leur enfance.
En arrivant en Israël, ils ont apporté leur langue, et il a fallu à chacun d'entre eux un certain temps pour
assimiler la langue de leur nouvelle patrie.

Freddy Raphaël, sociologue, professeur émérite de l'Université Marc Bloch de Strasbourg a été quinze ans durant
doyen de la faculté des Sciences sociales. Il a dirigé le laboratoire de Sociologie de la Culture européenne ainsi que
la Maison des Sciences de l'Homme de Strasbourg. Freddy Raphaël est président de la Société d'Histoire des
uifs d'Alsace et de Lorraine.

ARTE: Freddy Raphaël, vous avez vu le film de Nurith Aviv, "Misafa Lesafa". Des écrivains et artistes y témoignent
d'une expérience qui leur est commune : l'écriture dans la langue hébraïque au prix de l'abandon de leur langue
aternelle . Que vous inspire ce passage "d'une langue à l'autre" ?


Freddy Raphaël: J'ai été frappé par l'expression d'Agi Mishol, poétesse originaire de Hongrie : "Pour moi,
le hongrois est comme le lait maternel". La langue maternelle, comme le lait de la mère, est nourriture première,
par laquelle et dans laquelle l'être humain se construit. C'est la seule capable d'exprimer une forte émotion.
D'où la souffrance qui émane de ce film. Si je définissais les personnes qui s'expriment dans le film, en toute
subjectivité bien sûr, je parlerais d'une certaine "intranquillité".

Voulez-vous dire que la langue maternelle serait à la source de cette "intranquillité" ?

Aaron Appelfeld parle de la fin de l'idylle avec l'allemand, une idylle brutalement interrompue. Comment vivre
dans la langue maternelle quand elle devient la langue des bourreaux, la langue de l'assassin qui tue la mère ?
Mais tous les nouveaux arrivants se sont trouvés confrontés à la langue de l'État nouveau qu'il fallait assimiler.
En ce sens, leur sort était comparable à celui des immigrants du monde entier. La langue maternelle dans une telle
situation, c'est la langue qui marginalise, la langue qui fait honte, alors que le plus grand désir est de s'intégrer.
Voyez le cas de Haim Uliel, ce jeune chanteur d'origine marocaine et qui découvre à vingt ans qu'il a un accent
quand il chante en hébreu. Le voilà saisi de honte. À cela s'ajoutent tous les préjugés dont son groupe est victime.
La honte de sa langue renvoie au "Marocain voleur !" , "Marokin sakin".
De ce point de vue, les rescapés de la Shoah ont vécu une tragédie autrement radicale : le fait que, pour la majorité
d'entre eux, la langue maternelle était le Yiddish, la langue des victimes, proscrite au pays où devait se forger
l'homme nouveau.

Mais quand on est écrivain ou artiste, l'intranquillité ne revêt-elle pas une autre dimension?

Dans leur cas, l'assimilation devient une aventure intérieure particulièrement difficile, du fait de la place
centrale que la langue occupe dans l'activité par laquelle ils s'accomplissent. Meir Wieseltier parle de la langue
maternelle "qui gêne". Ses "rythmes étaient simplement là", dit-il. Pour Aaron Appelfeld, la connaissance
de plusieurs langues devient un poids supplémentaire : "On est bègue quand on a trop de langues", dit-il.
D'un autre côté, à la vie obstinée de la langue maternelle fait pendant la résistance de la langue adoptée.
Apprenant l'hébreu, Aaron Appelfeld dit "se remplir de graviers". Quel plus fort contraste y aurait-il avec le "lait"
de la langue maternelle ?

Il est une autre intranquillité encore, celle de Salman Masalha dont la langue maternelle est l'arabe alors que
l'arabe écrit n'est pas cet arabe-là. Alors à l'école, il apprend deux nouvelles langues, l'hébreu et l'arabe écrit,
la langue du dominant et la langue du dominé sont toutes deux étrangères.
Cependant, en s'appropriant la langue qui est une langue de l'asservissement, l'immigrant fait ployer la langue du
dominant et à son tour la pervertit en la détournant de sa finalité.
L'hébreu lui-même n'est-il pas source d'intranquillité ?

À homme nouveau, langue nouvelle. Tel était le projet pionnier. Or, l'hébreu est non seulement langue ancienne
mais aussi langue sacrée. Le rabbin Simon Debré, le grand-père de Michel Debré, ne voulait pas que cette langue
devienne la langue des charretiers. Dans le film, la poétesse irakienne Haviva Pedaya pointe le risque auquel ce
choix expose l'hébreu. En soulignant le fait que le sionisme a chargé cette langue d'une dimension supplémentaire,
elle dénonce le processus dont il est victime : par le fait d'une certaine perversion du messianisme dont il est
dorénavant porteur, il devient lui-même langue de domination. L'hébreu l'emporte sur le sacré, c'est un paradoxe.
Theodor Herzl désignait son projet sioniste par le mot "Altneuland", le "vieux nouveau pays". Il en allait ainsi
de la langue unique et rajeunie. C'était la démarche de Ben Yehuda, le combattant de l'hébreu comme langue nationale.
Buber a dit - je cite de mémoire - que le désir de langue unique est la maladie infantile d'une nation qui se
constitue en négation du passé, d'où le mépris du Yiddish, langue des "victimes". Si ce mythe de l'homme nouveau
perdurait, si cette idéologie perdurait, alors il y aurait effectivement risque de perversion mais aujourd'hui,
les choses changent.

Le film montre effectivement que le rapport à l'hébreu évolue.

Les choses changent. Prenez le cas d'Haim Uliel. Avec l'anglais, il a essayé d'être comme tout le monde mais il
a abandonné ce choix et il chante aujourd'hui en arabe, sa langue maternelle. Quant aux Russes, ils maintiennent
leur langue d'origine, le russe. C'est une attitude nouvelle où la différence s'affirme sans complexes. Mais voyez
aussi le rabbin et philosophe Daniel Epstein : plus il s'intègre, dit-il, plus le français revient. Le français
est sa langue de pensée.
Cette évolution est pour moi fortement emblématique du paradoxe d'Israël. Il procède du désir effréné des Juifs
d'appartenir à un lieu où revivre, créer, aimer. En même temps, une partie d'eux-mêmes est constituée par un ailleurs,
hors du lieu. Le sionisme et Israël ont prétendu combler cet écart. Cette évolution témoigne que les Israéliens
rejoignent la condition juive tout entière qui vit toujours dans cet écart, dans le lieu et hors du lieu.

Israël serait-il une diaspora exacerbée ?

J'aime l'expression de "double demeure" titre sous lequel Albert Néher a rassemblé un ensemble de récits .
André Neher, son fils, dans la préface à l'ouvrage, en fait un très beau commentaire :
"Mahanayim - La Double Demeure " : celle d'un Père et d'une Mère extraordinaire ; celle, en chacun de nous,
de l'homme en général et du Juif en particulier ; celle de l'Exil et de la Terre ; celle de ce monde et de
l'autre monde. Et ce n'est point exagérer, lorsqu'il s'agit d'Albert A. Neher, même quand c'est un fils qui
parle de son père, que de mettre tant de profondeur dans les récits naïfs et souriants que l'on va lire.
Le folklore s'y hausse au niveau du Midrash ; la vie quotidienne y a parfum d'éternité."

Propos recueillis par Pascale Cornuel

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